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Mon chemin de résilience — Dix ans d’exil, dix ans d’apprentissage

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En 2015, j’ai été arraché à ma vie, à ma famille – dont une partie se trouvait déjà au Burundi. Ce fut une fuite précipitée, sans le temps d’emporter quoi que ce soit, en pensant que cela ne durerait qu’un court moment.

Je suis arrivé au camp de transit de Gatore, au Rwanda, où chaque jour était une lutte pour survivre. Le maïs cuit, servi dans un simple bol, constituait nos seuls repas, midi et soir. Après deux semaines de cette survie rudimentaire, nous avons été transférés au camp de Mahama. Là-bas, j’ai pris conscience que nous partagions le même fardeau que tant d’autres réfugiés burundais et congolais. Nous vivions sous des tentes, entourés d’une forêt immense, dans un dénuement total. Le manque de vêtements, faute de préparation, fut l’un des premiers défis parmi tant d’autres.

L’année 2015 a été interminable, jalonnée d’épreuves qui m’ont marqué à jamais. La sécheresse nous a durement frappés, puis des pluies torrentielles ont tout emporté : le maïs distribué par le PAM, nos abris précaires, et même des vies humaines. Des parents ont vu leurs enfants emportés par les eaux. Pourtant, au milieu de ce chaos, la solidarité entre nous a été une véritable bouée de sauvetage. Nous nous entraidions, soignions les blessés, partagions le peu que nous avions. La faim était constante, nous forçant parfois à changer nos habitudes pour subsister.

Les cuisines communautaires, où l’on préparait l’Igikoma (bouillie) pour les jeunes enfants, devenaient des lieux de réconfort. Ma première “maison” à Mahama n’était qu’une de ces cabanes d’Igikoma, symbole de notre extrême précarité.

Entre 2016 et 2017, une lueur d’espoir a émergé avec un projet visant à remplacer les tentes par des maisons, certaines en briques. J’ai alors trouvé un emploi comme charpentier, payé 600 francs rwandais par jour, une somme modeste mais précieuse.

Peu à peu, les mentalités ont commencé à évoluer. L’idée que “tous les réfugiés finiraient par rentrer chez eux” s’est répandue, et certains ont commencé à commercer. Nos relations se sont étendues au-delà des camps, jusqu’aux marchés locaux rwandais. Nos enfants, eux, ont pu continuer à étudier grâce à l’autorisation généreuse du gouvernement rwandais. Élever mes enfants me donnait la force de ne jamais baisser les bras. La vie était rude, mais nous l’avons acceptée telle qu’elle venait. Nous sommes devenus plus forts, portés par la conviction que nous devions avancer, peu importe ce que nous avions laissé derrière nous.

Je suis aujourd’hui lauréat du module Résilience et Leadership de l’Académie Ubuntu, une expérience qui a profondément transformé ma manière de penser et d’agir. Ce programme m’a permis de mieux comprendre les forces que je porte en moi, malgré les épreuves traversées. J’y ai appris à transformer la souffrance en moteur de changement, à cultiver la confiance en moi, et à développer une vision positive pour l’avenir, non seulement pour moi, mais aussi pour ma communauté. Grâce à cette formation, j’ai compris que même en situation d’exil, nous pouvons être des leaders, inspirer les autres, et participer activement à bâtir une société plus juste et plus humaine.

Nous avons appris à vivre en harmonie avec les Rwandais, et je tiens à les remercier sincèrement pour cette coexistence respectueuse. Ils nous acceptent tels que nous sommes, et nous leur rendons ce respect.

Là où nous craignions pour l’avenir de nos enfants dans notre pays d’origine, nous entrevoyons aujourd’hui l’espoir. Ici, les jeunes ne meurent pas en vain: ils apprennent, acquièrent des savoirs variés qui contribueront un jour au développement de notre propre communauté.

NSHIMIRIMANA A.B – Réfugié Burundais

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